LA RECHERCHE ORNITHOLOGIQUE EN FRANCE

Durant la période 1945 - 1990, 12 374 articles, notes, ouvrages scientifiques ou thèses ont été publiés sur l'avifaune de France métropolitaine.

Les listes des références et surtout les données brutes d'indexation permettent une analyse originale de la recherche ornithologique en France au cours de la période étudiée.

Évolution du nombre de publications

Le nombre annuel de publications d'ornithologie française au cours de la période 1945-1990 est présenté dans le tableau 1 et illustré par la figure 1. On note une augmentation régulière de ce paramètre, qui passe d'une moyenne annuelle de 54 pour la période 1945-1950, à 133 pour la décennie 1951-1960, 198 pour la décennie 1961-1970, 307 pour la décennie 1971-1980 puis 567 au cours de la décennie 1981-1990 !




L'augmentation du nombre de publications durant la période 1945-1965 a été commentée dans le tome 1 publié en 1992. On note une augmentation régulière de ce paramètre, qui passe d'une moyenne annuelle de 51 pour la période 1945-1949, à 108 pour la décennie 1950 et 178 pour la période 1960-1965. Cette progression est liée à l'apparition des périodiques régionaux. Au début de la période étudiée, seules deux revues ornithologiques ont cours en France : Alauda d'une part, l'Oiseau et la Revue Française d'Ornithologie d'autre part. D'autres revues naturalistes comme La Terre et la Vie ou les Bulletins des Sociétés d'Histoire Naturelle ne recueillent que peu d'articles ornithologiques à cette époque. La création du Groupe des Jeunes Ornithologistes et de son bulletin Oiseaux de France (première parution en 1951) lance véritablement la recherche ornithologique de terrain en France. Diverses enquêtes nationales sont programmées ainsi que les prospections des régions peu connues, aux " quatre coins du pays ". Par la suite, le Groupe des Jeunes Ornithologistes est victime de son succès : il donne naissance aux groupes ornithologiques régionaux qui vont éditer eux-mêmes leurs publications et Oiseaux de France cesse de paraître en 1968. On assiste ainsi à la création de la revue bretonne Penn ar bed (1953), de L'Eduen (1958) en Saône-et-Loire, du Troglodyte (1959) en Franche-Comté, d'Ailes et Nature (1961) dans le Morbihan, du Jean-le-Blanc (1962) en Bourgogne, du Lien Ornithologique d'Alsace (1965), etc.
Soixante-quinze périodiques ont publié des observations sur les oiseaux de France au cours de la période 1945-1965 : 45 d'entre eux sont édités en France et 30 à l'étranger. Onze de ces périodiques ont recueilli plus de 25 publications. Les deux principales revues françaises, Alauda et L'Oiseau et la Revue Française d'Ornithologie, totalisent près de la moitié des références de la période étudiée.

Au cours des années 1966-1980, le phénomène s'amplifie. Si la période 1945-1965 peut être qualifiée d'époque d'exploration ornithologique de la France, les quinze années suivantes sont incontestablement marquées par la parution du premier atlas des oiseaux nicheurs de France en 1976. Ainsi, la figure 1 montre une certaine stagnation du nombre de publications entre 1962 et 1972, suivie d'une croissance régulière. Les recherches menées en vue de cartographier tous les oiseaux nicheurs de France ont mobilisé de nombreux ornithologues et l'atlas est à l'origine de la création de nombreux groupes locaux, départementaux ou régionaux qui, par la suite, se sont mieux structurés et ont édité une revue. À la fin des années 1970, chaque région possède un ou plusieurs périodiques ornithologiques. Par ailleurs, les bulletins des sociétés savantes ont toujours cours et parfois reprennent de la vitalité. La décennie 1970 a ainsi véritablement confirmé l'essor de l'ornithologie de terrain en France.
Les années 1966-1980 sont aussi marquées par le développement de travaux universitaires en ornithologie. Au cours de la période 1945-1965, seules deux thèses se rapportent à l'avifaune française. Par contre, durant les 15 années suivantes, 57 doctorats ont pour sujet l'étude des oiseaux dans la nature ou l'écologie des oiseaux. Il s'agit de 10 thèses d'État, 7 thèses d'université, 25 thèses de 3e cycle et 15 thèses de doctorat vétérinaire. Ce développement de la recherche universitaire est un des faits majeurs de cette période 1966-1980.
75 périodiques ont publié des observations sur les oiseaux de France au cours des années 1945 à 1965 (tome 1). Cet effectif passe à 187 lors des 15 années suivantes (tome 2) grâce à la création de nouvelles revues ornithologiques. Au cours de cette période 1966-1980, 9 périodiques ont recueilli plus de 100 publications.

La décennie 1981-1990 confirme ensuite le développement observé au cours des périodes précédentes : le nombre moyen annuel de publications d'ornithologie française y est de 567 contre 269 au cours de la période 1966-1980. On note ainsi un doublement du nombre moyen annuel de publications en l'espace de 10 années. Treize périodiques ont recueilli plus de 100 publications. Par ailleurs, 59 thèses ayant trait en totalité ou partiellement à l'avifaune métropolitaine ont été soutenues au cours de la décennie 1980 confirmant ainsi le développement de la recherche universitaire dans ce domaine.
L'index taxonomique totalise 149 842 données pour la décennie 1981-1990, alors qu'il y en avait 123 348 lors de la période 1966-1980 et 34 318 lors de la période 1945-1965. Les publications de la décennie 1980 contiennent davantage d'informations, en particulier grâce aux chroniques ornithologiques, que celles des décennies précédentes. Les 10 années étudiées dans ce tome regroupent presque autant de données avifaunistiques (présence des espèces) que les 36 années précédentes !

Globalement, pour l'ensemble de la période 1945-1990, 12 069 articles ou notes ont été publiés dans 306 périodes. Dix d'entre eux ont publié plus de 250 articles ou notes sur l'ornithologie française au cours de la période 1945 à 1990. Ce sont : Alauda (1 212 références), l'Oiseau et la Revue Française d'Ornithologie (899), le Héron (664), Nos Oiseaux (536), le Bulletin mensuel de l'Office National de la Chasse (336), le Grand Duc (303) le Jean le Blanc (301), Oiseaux de France (300), Ciconia (292) et le Bulletin de l'Association des naturalistes de la vallée du Loing et du massif de Fontainebleau (258). Par ailleurs, 118 thèses consacrées en totalité ou en partie à l'avifaune française ont été soutenues au cours des 46 années.

Répartition géographique

L'analyse de la répartition géographique de la prospection ornithologique peut se faire à partir du nombre de références publiées par département.

Treize départements sont mentionnés dans plus de 500 publications de la période 1945-1990. Le maximum est atteint par le département des Bouches-du-Rhône (465 publications pour le département et 680 pour la seule Camargue), suivi par la Somme (635 publications pour le département et 163 pour le Parc du Marquenterre et la baie de Somme), le Finistère (606 publications pour le département et 174 pour l'île d'Ouessant), l'Ain (470 pour le département et 285 pour la Dombes), le Haut-Rhin (707 références), le Nord (665 références) et la Seine-et-Marne (645 références).

A l'inverse, 8 départements sont mentionnés dans moins de 150 publications : la Seine-Saint-Denis (49 références), le Lot (46 références), le Gers (44 références), le Val-de-Marne (101), le Lot-et-Garonne (53 références), les Hauts-de-Seine (55 références), le Tarn-et-Garonne (132) et la Corrèze (140).

Les départements côtiers attirent ainsi bien davantage les ornithologues que les départements ruraux ou fortement urbanisés…

Vue taxonomique

587 espèces d'oiseaux sont mentionnées dans les 12 374 publications. Rappelons que :
- 507 espèces font partie de la liste officielle des oiseaux de France : catégories A, B et C du Nouvel inventaire des oiseaux de France (DUBOIS, LE MARECHAL, OLIOSO & YESOU, 2008) ;
- 12 espèces ont une origine naturelle possible mais pas certaine ;
- 32 espèces sont des espèces exotiques, présentes en France à la suite de lâchers ou du fait d'échappés de captivité, qui se sont installées durablement ;
- 36 espèces sont des échappées de captivité ou concernent des observations qui n'ont pas été retenues par le Comité d'Homologation National.

Huit espèces ont été mentionnées dans plus de 2 000 publications : le Canard colvert Anas platyrhinchos (2 494 références), le Héron cendré Ardea cinerea (2 346), la Mouette rieuse Larus ridibundus (2 214), la Faucon crécerelle Falco tinnunculus (2 152), le Vanneau huppé Vanellus vanellus (2 137), la Foulque macroule Fulica atra (2 126), l'Hirondelle rustique Hirundo rustica (2 096) et la Sarcelle d'hiver Anas crecca (2 020).

Par ailleurs, 5 espèces sont citées nommément dans les titres de plus de 100 publications. L'article, la note, l'ouvrage ou la thèse leur est consacré, au moins en grande partie. Ce sont : la Cigogne blanche Ciconia ciconia (164 références), l'Effraie des clochers Tyto alba (129), l'Hirondelle rustique Hirundo rustica (119), le Héron cendré Ardea cinerea (107) et le Goéland argenté Larus argentatus (101).

Parmi les espèces nicheuses françaises régulières qui ont été peu observées, notons qu'il n'y a que 24 publications de la période 1945-1990 qui mentionnent le Cochevis de Thékla, 33 le Pic à dos blanc, 42 le Traquet rieur, 51 le Pic tridactyle, 59 la Sittelle corse…

Vue thématique

Parmi les 60 thèmes retenus, 4 d'entre eux sont les sujets principaux ou ont été largement abordés dans plus de 1 000 publications. Ce sont les études avec des dénombrements d'oiseaux nicheurs et des calculs de densités qui viennent en tête (1 430 références), suivi des travaux sur la migration et les déplacements des oiseaux (1 404 références), des recherches sur la reproduction des oiseaux (1 375 références) et les études utilisant la technique du baguage des oiseaux (1 018 références).




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Bibliographie d’Ornithologie Française
par Yves Muller
Réalisation : Ocelis Création